Nombreux sont ceux d’entre vous qui ont un jour rêvé de soigner les animaux. Beaucoup se sont sans doute découragés à la perspective du parcours pour y arriver… Qu’en est-il exactement? Un vétérinaire gagne-t-il vraiment bien sa vie? Et quelles sont les compétences requises pour exercer ce métier? C’est tout ce dont nous discuterons dans cet article.
Le quotidien du vétérinaire pour animaux de compagnie
A quoi ressemble une journée en tant que vétérinaire pour petits animaux? Aucune journée ne se ressemble et rien n’est jamais totalement prévu en avance. En effet, il peut toujours y avoir l’arrivée d’urgences et le temps de consultation peut varier selon la coopération et l’humeur de Tigrou. Voici les tâches que doivent assurer le vétérinaire tout au long de la journée :
- Répondre au téléphone s’il travaille seul : pour conseiller les propriétaires, leur renseigner les horaires d’ouverture, les tarifs, fixer les rendez-vous mais aussi communiquer les résultats d’analyses ou encore donner des nouvelles des animaux hospitalisés.
- Gérer son planning : ce qui implique d’estimer à chaque instant combien de temps prendra tel rendez-vous afin de ne pas accumuler trop de retard malgré les imprévus.
- Assurer les consultations : les motifs seront divers et variés. Les thèmes les plus fréquents sont : vaccination, blessure, maladie, fin de vie,…
- Effectuer des chirurgies : calculer les doses de sédatifs, enfiler ses gants, son masque (accessoire qui a perdu un peu de classe avec la tendance corona) et sa charlotte puis s’emparer de son scalpel pour stériliser, retirer des masses,… Le temps est compté lorsque l’animal s’endort, il faut pouvoir effectuer son travail dans les temps et avec dextérité, en respectant des règles d’hygiène très strictes. Tout ceci demande une certaine concentration.
- Compléter des papiers : il peut s’agir de documents d’identification, signature et tamponnage de vaccins, remplissage de formulaire d’analyses (prise de sang, biopsie,…), formulaires d’assurances, prescriptions en suivant des règles strictes, comptabilité… La charge de travail est non négligeable du point de vue administratif si le vétérinaire n’est pas secondé par une assistante.
- Ranger et nettoyer : une activité médicale génère souvent beaucoup de déchets : seringues et aiguilles stériles avec leurs emballages, compresses et gants usagés,… Le nettoyage et la désinfection de la table de consultation et du matériel s’effectuent entre chaque animal.
- Pratiquer la médecine (eh oui quand-même ! ) que nous avons tant étudiée : ce qui peut parfois bien remuer les méninges… Car à chaque symptômes peut correspondre plusieurs pathologies mais chaque pathologie peut ne pas exprimer tous les symptômes correspondants… Tout cela dépend de l’animal et des observations que fait son propriétaire. Et une fois qu’on a déterminé la pathologie en cause, il faut mettre en place le traitement : choisir ce qu’on va utiliser, à quelle dose et réfléchir si c’est adapté pour le chat. Car devoir leur faire avaler quelque chose peut parfois se révéler être un véritable challenge ! Dans les cas les plus graves, bave, morsures et coups de griffes sont au menu.
Le quotidien du vétérinaire
La journée du vétérinaire peut donc se structurer comme ceci :

- de 8h30 à 9h : examen, soins et réévaluation des animaux hospitalisés
- de 9h à 10h : consultations et admission des animaux pour les opérations
- de 10h à 12h : chirurgies (retrait de masses, stérilisations, détartrages… )
- de 12h à 12h30 : examen, soins et réévaluation des animaux hospitalisés, établissement des comptes-rendus chirurgicaux (rédaction des consignes de sortie pour les animaux et préparation des médicaments)
- de 14h à 18h : consultations (accueil des propriétaires et examen des animaux, sédation si non coopératifs, examens complémentaires tels que prises de sang, analyses d’urine, radiographies, échographies,…)
- de 18h à 18h30 : examen, soins et réévaluation des animaux hospitalisés
- de 18h30 à 19h : appels téléphoniques
- de 19h au lendemain : disponibilité par téléphone pour accueillir des urgences de nuit éventuelles
Vous comprendrez que pour tenir un tel rythme, il est impératif que le vétérinaire s’aménage des plages de repos régulières…
Face aux médecins qui ont chacun leur spécialité, le vétérinaire est spécialiste pour tout. Il existe cependant des spécialisations car certaines disciplines telles que l’ophtalmologie, la cardiologie ou l’orthopédie s’avèrent plus pointues et demandent l’investissement de matériel onéreux et spécifique.
Votre vétérinaire est non seulement généraliste mais aussi chirurgien, anesthésiste,… Vous comprenez que malgré tout, il est impossible de toujours tout connaître tout le temps. Néanmoins, si on lui pose une question qui dépasse ses compétences, le vétérinaire pourra toujours vous diriger vers un professionnel de confiance pour répondre à vos questions. Un proverbe dit “Plus grande est notre connaissance, plus grande est notre ignorance”.
Lire aussi : Comment devenir auxiliaire vétérinaire ?
Une profession réglementée
Le métier est soumis à un Code de déontologie et possède son Ordre qui en cas de problème intervient et décide des sanctions disciplinaires en cas de non-respect du Code.
En plus des obligations déontologiques, le vétérinaire a une responsabilité sanitaire et est spécifiquement formé pour contrôler les maladies au sein des populations d’animaux (chez les chats on peut citer la rage mais aussi la tuberculose).
Comment devenir vétérinaire en France?
Si vous souhaitez suivre le cursus français, il vous faudra réussir deux années de “prépa” afin de pouvoir participer au concours dans l’une des 4 écoles vétérinaire de France (Alfort, Nantes, Lyon ou Toulouse). Cet élitisme pose aujourd’hui un problème de maillage des vétérinaires en France : nous ne sommes plus assez nombreux pour couvrir l’ensemble du territoire ! Les études durent 4 ans plus une année de stages. Ce qui fait 7 ans minimum, sans compter les années d’approfondissement si par malheur votre cerveau n’a pas été capable d’intégrer les kilomètres de matière dans le temps imparti. Vous pouvez ensuite vous spécialiser dans l’une ou l’autre matière pendant une à trois années de plus.
Une alternative est de vous inscrire dans une école étrangère mais il faudra vous assurer que le diplôme que vous obtiendrez soit reconnu par l’État dans lequel vous souhaitez exercer. Ainsi, nombreux sont les vétérinaires qui se sont formés en Belgique ou en Roumanie. Au vu de la demande, les écoles en Belgique ont établi des restrictions aux nombres d’inscrits car la capacité d’accueil des écoles est limitée.
Vous retrouverez toutes les informations actualisées ici : https://www.veterinaire.fr/la-profession-veterinaire/devenir-veterinaire/deroulement-des-etudes
La formation
A l’École, vous apprendrez :
- toute l’anatomie : où se trouvent les os, comment ils s’articulent les uns par rapport aux autres, où passent les vaisseaux sanguins, les nerfs, comment se constitue un oeil, une oreille,…;
- la physiologie : comment fonctionne l’organisme sain,
- les pathologies, les lésions : toutes les maladies possibles et leurs dégâts causés aux organes;
- la nutrition : que mangent les animaux, pourquoi et comment;
- à établir un diagnostic, c’est-à-dire une façon de réfléchir pour déterminer de quoi souffre un animal. Cela implique d’exclure certaines possibilités avant de proposer au propriétaire d’investir dans des examens complémentaires souvent indispensables si nous voulons effectuer un diagnostic précis.
- à gérer la douleur par apprentissage des symptômes qui permettent de déterminer si un animal souffre et la connaissance des molécules à utiliser et leurs dosages.

Particularités d’une pratique féline
Elles sont rares mais se développent : il existe maintenant des cliniques exclusivement réservées pour les chats !
Plusieurs choses peuvent être mises en place par le vétérinaire pour accueillir les chats dans les meilleures conditions. Cela passe par une connaissance de leur comportement. Ainsi, des moyens de contention spécifiques peuvent être mis en place (couverture, clip-nose, cage « gaufrier »), des diffuseurs de phéromones, un examen au contact permanent du chat, l’utilisation d’aiguilles neuves et fines pour les injections. Des espaces en hauteur pour déposer sa boîte de transport sont conseillés pour limiter le stress du chat en salle d’attente.
Quelles qualités pour devenir vétérinaire?
Comme nous venons de le voir, les vétérinaires sont à la base sélectionnés pour des compétences intellectuelles rigoureuses. Hors, les compétences requises pour exercer sont bien plus vastes que cela :
- une certaine fibre commerciale : premier point qui, même s’il ne me plaît pas trop de l’indiquer en premier, est important. Pouvoir convaincre d’utiliser tel ou tel produit pour le bien-être de l’animal. Le vétérinaire est confronté à une réalité économique : il est amené à choisir des produits en fonction des offres et surtout du budget de sa clientèle.
- une bonne gestion émotionnelle : pouvoir notamment exprimer de l’empathie et de l’assertivité
- être sociable : pouvoir discuter avec les gens, ajouter une pointe d’humour de temps en temps
- être capable d’effectuer des gestes techniques : poser un cathéter dans une veine de chat demande un doigté assez fin ! Manipuler une seringue sans vous piquer et un scalpel sans vous couper est une chose qui s’apprend. Palper l’animal, savoir distinguer ce qui est normal de ce qui ne l’est pas.
- avoir une bonne communication : annoncer des nouvelles difficiles, faire comprendre au propriétaire en surpoids, sans le vexer, que son chat doit faire régime…
- Être capable de travailler en équipe : pouvoir s’organiser, se répartir le travail, exprimer ce qui nous pose problème
- Avoir une bonne capacité d’observation : l’examen de l’animal commence par cela !
- Avoir une bonne forme physique : il peut arriver de soulever 8 kg de chat en caisse de transport ou de vous retrouver à 4 pattes sous l’évier pour rattraper Minou qui a décidé que la table de consultation n’était pas une bonne cachette.
- Être capable de gérer son stress : condition indispensable si vous souhaitez faire une longue carrière dans le domaine
- Pouvoir être pédagogue : souvent il est nécessaire d’expliquer les choses pour obtenir la compréhension du propriétaire et optimiser le traitement. Ce qui signifie qu’après avoir étudié des termes compliqués pendant 7 ans vous devrez trouver des synonymes simplifiés !
- Et enfin, cela va de soi, mais il faut avoir un bon contact avec les animaux. En cabinet, ils doivent se sentir respectés et non agressés pour les soigner.
Vous l’aurez compris, le métier de vétérinaire demande de grandes capacités d’adaptation et de nombreuses qualités qui ne sont pas forcément enseignées dans les Écoles à l’heure actuelle…
Quelle rémunération espérer?
Deux possibilités principales s’offrent à vous si vous visez la pratique : travailler en tant que salarié ou libéral.
Vu les prix des soins vétérinaires en France, il est communément admis qu’un vétérinaire gagne bien sa vie. Mais détrompez-vous ! Une poignée seulement sont des businessmen aguerris mais la majorité de la population gagne le salaire minimum d’un employé, d’autant plus lors de ses premières années d’activité.
Le salariat est le type d’exercice le plus répandu en France. Il vous garantit un salaire minimal et régulier mais parfois quelques restrictions niveau horaires et choix thérapeutiques.
En tant que libéral, vous avez plus de liberté (choix des médicaments, horaires, protocoles,…) mais vous devez pouvoir assumer le paiement de charges sociales, cotisation aux caisses de retraite, assurances diverses, gérer votre stock de médicaments (argent qui dort et perdu avec les dates de péremption)… Une fois tout cela soustrait au chiffre d’affaire, il peut seulement parfois rester à peine en moyenne 2000€ nets par mois même après des années d’exercices et en ayant construit sa propre structure et en travaillant à plein temps avec des gardes !
Il existe aussi des vétérinaires fonctionnaires (travail dans des sociétés d’assurances par exemple ou encore dans l’industrie agro-alimentaire ou pharmaceutique).
Perspectives

Une fois votre diplôme en poche, si la clientèle ne vous plaît pas, il existe une infinité de reconversions possibles car vous disposez de solides bases scientifiques.
Il faut savoir que le taux de suicide chez les vétérinaire est quatre fois plus élevé que dans les autres professions médicales. En cause? Les longues heures de travail, les gardes, les attentes des clients toujours plus exigeants, les réseaux sociaux où les gens peuvent être extrêmement agressifs, les animaux aux réactions imprévisibles, les problèmes financiers, le déséquilibre vie professionnelle et vie privée, les responsabilités,…
Par dessus tout, le réel problème est pour moi qu’il existe un décalage entre ce qu’on souhaiterait faire (soigner les animaux) et ce qu’on peut vraiment faire : il faut toujours composer avec le budget des gens, leur choix d’effectuer des examens complémentaires ou non… et parfois même en effectuant le maximum, on ne trouve pas le problème.
Peut-être le développement des assurances pour animaux de compagnie permettra-t-il d’élargir l’accès aux soins de qualité pour nos animaux?
Conclusion
Pour terminer sur une bonne note : vétérinaire reste un métier passionnant ! On ne s’ennuie jamais une journée car tous les individus sont différents, il faut quotidiennement faire de nouvelles recherches, se remettre en question. Les interactions sociales sont riches et vous permettent d’être non seulement à l’écoute des animaux mais aussi des gens, qui sont fortement liés à leurs compagnons. C’est un milieu interactif et en constante évolution : les possibilités de formations sont vastes et vous permettent de constamment évoluer dans votre pratique et ce, tout au long de votre vie. Tenterez-vous cette grande aventure?
Docteure Marine Monclus,
Vétérinaire Ostéopathe.
Sources : ordre vétérinaire.fr, formation cat-friendly, TFE gestion du stress en médecine vétérinaire avec la pleine conscience.